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Chapitre 04121 - (Steve Garland) HAIRESIS «Chaque fois qu ' on observe un animal, on a l ' impression qu ' il y a là un être humain en train de se foutre de nous...»
15 février 1994... Animalerie «Garland», Ashfield... 19H00... Ouvrir une animalerie s'était imposé après son divorce. Rien d'autre ne l'intéressait. Pas même sa fille, cette ingrate de Lisa, qui l'avait abandonné pour aller s'occuper des êtres humains de Silent Hill... Elle était devenue infirmière ! Mais comment pouvait-on accep-ter de faire un pareil travail ?! Entendre toute la journée des gens brailler, se plaindre, dire du mal de vous, les laver, leur faire faire leurs besoins... Dégoûtant... Steve avait quasiment renié sa fille, ce jour-là... Il lui aurait pardonné si elle était revenue, mais elle avait eu la bonne idée de disparaître de sa vie... Il ne savait pas ce qu'il était advenu d'elle, et parfois, il lui arrivait de se le demander... Steve aimait tous les animaux, les chiens et les chats surtout, mais les autres aussi ; à ses yeux, n'importe quel animal valait deux fois plus qu'un être humain. Dans son animalerie, il vendait des animaux de compagnie standards, mais aussi des reptiles, des poissons, des rongeurs ; Steve avait pensé à se procurer des insectes, car certaines personnes semblaient en raffoler. Steve s'attela à la tâche qui consistait à nettoyer les cages de ses protégés. Il fallait évacuer les déchets des cages, changer leur eau, le fourrage... Steve aimait faire cela ; il oubliait alors ses soucis. Regarder les yeux de ses protégés pleins d'amour pour lui, le remerciant de prendre autant soin d'eux, cela le remplissait d'un bonheur simple mais constant. Même si son bonheur s'était terni il y avait quelques années... lorsque Kitty était mort... Un jour, un enfant était entré dans la boutique, et s'était amusé à essayer de caresser les souris blanches dans leur cage en passant la main entre les barreaux ; Kitty se promenait alors dans le magasin (Steve le laissait en liberté) et s'était mis dans la tête d'attirer l'attention du garçon en se frottant contre sa jambe. Le garçon avait été sottement surpris par ce contact et la cage des souris blanches étaient tombée par terre avec grand fracas, manquant de peu d'assommer mortellement son Kitty, qui s'en était sorti avec le museau éraflé. L'enfant s'était répandu en excuses, disant qu'il n'avait pas voulu faire mal à son Kitty, mais Steve ne s'était alors jamais senti dans une telle fureur. Il avait tellement gueulé contre le sale môme que les voisins avaient appelé la police pour voir ce qui se passait. Mais le gamin était parti sans demander son reste et Steve ne l'avait plus jamais revu... C'était tant mieux... Il avait fini avec la cage des cochons d'Inde et referma la porte. Les petites boules de poils s'enfouirent sous la paille pour faire leur sieste. Steve se dirigea vers la porte d'entrée et la ferma à clef : plus de client pour aujourd'hui. Mais il avait deux animaux, bien vivant, dans le chenil d'à côté et il était l'heure de leur faire prendre un peu d'exercice. Steve habitant dans l'immeuble d'à côté et pour rien au monde il n'aurait laissé ses amis dans le chenil toute la nuit. Il n'avait pas beaucoup de place chez lui, alors deux dobermans dans son trois pièces, ce n'était pas facile à gérer tous les jours. Mais Steve le faisait avec plaisir. De plus, il y avait des malades à chaque coin de rue et deux bêtes de ce gabarit, ça dissuadait le tout venant... Steve retourna derrière son comptoir. Il verrait ça demain, il n'avait pas le temps, il devait sortir les chiens... Et puis, l'air était de plus en plus étouffant ici, il fallait qu'il sorte pour respirer un peu... Il se retourna vers la porte du chenil... La poignée de la porte était maculée de liquide rouge mais Steve était prêt à tout pour ses chiens. Il la saisit à pleine main et poussa la porte vers l'intérieur. Il jeta un oeil prudent dans le chenil, mais il ne vit pas ses dobermans. Ils étaient peut-être tout au fond (il ne les enfermait jamais...). Steve se rendit compte qu'il faisait encore plus chaud ici que dans le magasin. Un tuyau quelconque avait dû péter. Il appellerait le service de maintenance du quartier pour qu'il s'occupe de ça... Steve commençait à s'impatienter, d'habitude à cette heure-ci, ses chiens étaient surexcités et avaient hâte de sortir, mais le bruit de pattes était toujours aussi lent... Steve se porta à la rencontre de ses bêtes... Mais il ne vit pas ce qu'il s'attendait à voir... C'était un chien monstrueux... un corps couturé de cicatrices, des plaies ouvertes, suintant le sang et le pus... une tête, non, deux têtes, sur ce corps hideux... ses deux chiens, en un seul... des yeux blancs révulsés, une bave jaunâtre qui pendait en longs filets brillants des gueules perpétuellement ouvertes... deux langues qui traînaient sur le sol... une démarche claudiquante, bancale, ponctuée par le bruit des griffes sur le sol, longues et affutées comme des cisailles... Les oreilles aplaties, les yeux rouges, le chat crachait comme un enragé. Le chien ne se retournait pas, il exposait au canon du fusil son postérieur ravagé, attendant que Steve se décide à tirer sur son cher Kitty... Il ne pouvait pas... Garland n'avait jamais tiré sur un animal... Il ne pouvait pas tirer sur son Kitty... Non, Kitty était mort... Cette horrible chose essayait de le tromper... Ses mains tremblaient et le canon du fusil dévia un peu... Il fallait le faire... S'il ne tuait pas cette monstruosité, ce serait elle qui le tuerai... Il raffermit sa prise sur la crosse, visa, fit feu... « Insuffle la vie à l'animal qui est en toi... » Steve n'osa pas se retourner. Il avait entendu distinctement une voix douce prononcer ces mots. Il était subjugué par la vision de la porte qui fondait littéralement devant lui, comme du métal en fusion, se changeant en liquide pourpre poisseux et puant... Et de l'autre côté, une véritable meute de monstruosités semblables à celle qu'il avait laissé derrière lui, aboyant, hurlant, grognant dans sa direction... Qu'avait-il fait pour mériter ça ?... Steve se mit à arracher le peu de cheveux qu'il lui restait aux tempes... N'avait-il pas toujours été bon pour eux ? Pourquoi lui en voulaient-ils autant ? Il se boucha les oreilles, rendu sourd et aveugle par ce qu'il entendait, par ce qu'il voyait... Il fallait que cela s'arrête... Comme un dément, il se mit à aboyer lui aussi... Des détonations retentirent derrière lui ; des choses lui entraient dans le corps. En baissant les yeux, il vit son propre sang imbiber sa chemise, ses intestins s'échappant de son bas-ventre, se répandant sur son pantalon... Médusé, il les prit à pleine mains... tomba à genoux...
15 février 1994... Commissariat de Pleasant River... 18H32... Aidan Bearchan était plongé dans le rapport d'autopsie de Jimmy Stone. Il le parcourut des yeux, s'arrêtant plus particulièrement sur les éléments importants... Balle pénétrant à l'arrière de la tête... pas de traces de lutte... absence du coeur... poitrine recousue par le tueur... travail d'amateur... scarifications au couteau... 01121... aucune trace du tueur... pas d'empreintes ni de débris organiques... Bearchan ferma les yeux et essaya d'imaginer à quoi pouvait bien ressembler l'assassin... Quelqu'un de plutôt grand... musclé... un solitaire dépressif... Mais Bearchan n'était pas profiler. Il fallait étudier l'emploi du temps de toutes les personnes ayant eu un rapport avec les trois victimes, et peut-être leur trouver une connaissance commune. Bearchan se souvint de ce que Casey lui avait dit : Sullivan ... Sullivan étudiait encore à Pleasant River et se faisait maltraiter par Randolph régulièrement... mais il avait aussi été élevé dans la Wish House, l'orphelinat de Silent Hill où Stone avait été retrouvé mort... Ca l'ennuyait de l'admettre, mais pour l'instant, Sullivan semblait le seul fil conducteur dans cette affaire. Casey entra en trombe dans son bureau : il suait et soufflait comme un boeuf, plus à cause d'un quelconque choc que du fait d'avoir courut jusqu'ici. Ile se planta devant Bearchan : - « Bear... un... un autre meurtre... à Ashfield... » Bearchan se leva d'un bond en se mordant la lèvre. Non, encore un, ça n'était pas possible. Pendant un instant, il espéra que ce meurtre n'avait rien à voir avec les autres, mais au fond de lui il le savait : c'était le même tueur qui venait encore de frapper sous leur nez... - « Bon dieu... il faut y aller », se résigna-t-il. Beachan finit par se dire que s'ils n'arrêtaient pas le tueur, celui-ci ne s'arrêterait jamais tout seul...
15 février 1994... Animalerie «Garland»... 19H30... Personne n'avait vu quoi que ce soit. Une voisine avait seulement entendu Garland hurler, mais c'était tout. Personne n'était entré ni ressorti. La boutique com-portait une porte d'entrée et une sortie de service, dont se servait Garland pour promener ses chiens avant de rentrer chez lui. Bearchan voulut s'approcher du cadavre pour avoir la confirmation de ce qu'il craignait, mais le cadavre était sur le ventre, et il ne vit rien, à part les traces de centaine de balles qui avaient pénétré la chair... une arme automatique ?... Il savait qu'il ne devait pas faire ça, mais... Il retourna le cadavre, et là sur le haut du pectoral droit, il vit... les chiffres... 04121 ... et la longue estafilade recousue à la hâte sur la poitrine... Bearchan laissa échapper un long soupir de dégoût, avant de remettre le cadavre en place, en faisant attention de ne pas répandre les viscères partout. Il allait vraiment falloir s'occuper de cette affaire très vite. Si le tueur assassinait une victime par jour au nez et à la barbe de tout le monde, qui savait jusqu'où il pourrait aller... Bearchan en faisait une affaire personnelle...
15 février 1994... Rues d'Ashfield, Rue commerçante... 20H30... Walter Sullivan, les bras chargés de sacs à provisions, remontait la rue commerçante pour rentrer chez lui. Comme il vivait seul, il n'avait pas grand chose à acheter, il savait se contenter de peu. Son appartement se trouvait non loin du petit centre commercial où il avait l'habitude d'aller. Il sortait de son travail, un job à mi-temps au Albert Sports, qui lui permettait de payer ses études et de mettre du beurre dans les épinards. Sullivan n'était pas particulièrement sportif, et, malgré les encouragements de Mr. Albert, ça ne l'avait jamais intéressé : il préférait les activités intellectuelles. Sullivan avait l'habitude des regards mauvais braqués sur lui. Depuis qu'il était sorti de l'orphelinat, il n'avait rencontré que des gens méfiants, vindicatifs, volontiers méchants à son égard. Mais on l'avait prévenu à l'orphelinat : «les gens ne te comprendrons jamais, et ils te rejetteront toute la vie, parce que tu es spécial.» Sullivan n'avait jamais recherché l'approbation de personne, enfin seulement la Sienne, à Elle... Il devait attendre le prochain Signe... Il arrivait devant son immeuble. Le concierge l'aiderait sûrement à monter avec ses provisions. Il était gentil, le concierge. Si seulement ils pouvaient être tous comme ça, le Paradis n'aurait pas fui... Dieu ne serait pas morte... et il n'aurait pas besoin de... C'était si rare... Sullivan avait appris à apprécier cela... même si au fond, il n'avait pas besoin de gentillesse... Il n'avait besoin que de Son amour... C'était tout ce qui importait... Le vieux concierge lui tint la porte d'entrée et lui proposa de l'aider à monter ses sacs... Très gentil, vraiment... |